7 leviers de réduction de sa facture d’énergie pour les industriels

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Depuis 2020 les industriels font face à l’accroissement du niveau et de la volatilité des prix de l’énergie. Pétrole, charbon, GNL, électricité, gaz, etc., toutes les sources d’énergie sont concernées par ces bouleversements. Ainsi, entre 2020 et 2022, le prix spot de l’électricité en France a été multiplié par 4.

L’impact sur la rentabilité et la trésorerie des industriels est donc conséquent. Agicap vous propose ainsi 7 pistes pour diminuer vos coûts en énergie.

1. Réduire sa consommation d’énergie

C’est le premier levier à actionner mais souvent le plus difficile. En effet, c’est parfois une partie importante du cycle de production qu’il faut remettre en question, avec à la clé l’investissement dans de nouvelles machines-outils par exemple, pour réduire sa consommation d’énergie.

Heureusement, des actions immédiates peuvent être prises. On peut par exemple peindre les toits de ses usines et bâtiments administratifs avec une peinture blanche réfléchissante. La mesure permet de réduire la température intérieure de 6°C et de diminuer de 20 à 40% la consommation électrique liée à la climatisation. Des sociétés comme Enercool et Cool Roof proposent par exemple ce service. Elles précisent que dans le cas du secteur industriel, le projet est rentable à horizon 4 ans, sachant que la peinture a une durée de vie de 10 ans. La société Le Flahec a par exemple utilisé ces services sur un entrepôt de 650 m2, avec à la clé une réduction de 22 % de sa consommation d’électricité en climatisation.

D’autres pistes existent. Par exemple, dans l’industrie verrière, le pré-chauffage des matières premières et du calcin (verre recyclé) avant leur introduction dans le four permet de réduire la consommation d’électricité de 10 à 20 %. La formation des collaborateurs joue également un rôle essentiel (ex : éconduite), de même que l’investissement dans des LED ou encore le recours à la domotique pour ne chauffer et éclairer que le nécessaire en temps réel.

2. Couvrir son risque de variation de prix

Le principe est simple. Il s’agit de signer un contrat avec un fournisseur d’énergie qui prévoit la livraison d’une certaine puissance d’électricité à une certaine date à un prix fixé lors de la signature du contrat. Cela élimine donc le risque de variation du prix.

En théorie, plus la date est lointaine et meilleur est le prix obtenu. C’est donc un premier levier pour réduire sa facture d’énergie. Un industriel peut ainsi fixer le prix de son énergie pour les 5 années à venir. Il faut noter ici que la marge est importante car, comme le souligne McKinsey dans une étude sur le sujet, 80% des industriels consommant le plus d’énergie ne couvrent que 30 à 50% de leurs besoins estimés des années prochaines. Une stratégie plus aggressive qui viserait 80 ou 90% de couverture des besoins estimés permettrait donc de réduire d’autant la facture d’énergie.

Il faut également noter qu’il est possible d’acheter des options d’achat d’énergie. Cela permet donc de se couvrir à moindre coût dans les cas où vos prévisions de consommation seraient encore incertaines.

3. Signer un PPA avec un fournisseur d’énergie

Nous parlions de ce dispositif dans notre article sur les leviers pour contenir le risque de hausse des coûts de ses fournisseurs. Les PPA (Power Purchase Agreements) permettent d’obtenir un prix fixe garanti pour son électricité pendant toute la durée du contrat, soit 3 à 15 ans (parfois davantage). En contrepartie, si le prix sur le marché baisse, l’entreprise n’en bénéficie pas. EDF, Engie ou Voltalia en proposent.

Un exemple récent : le géant de la chimie BASF a signé en janvier 2022 un PPA avec Engie sur 25 ans.

Il faut noter ici que les PPA permettent de faire davantage que de fixer un prix, puisqu’on peut les utiliser pour garantir son approvisionnement.

4. Produire de l’énergie sur place

Il s’agit de faire produire au moins une partie de l’énergie utilisée par le site de production directement sur le site grâce à des sources d’énergies renouvelables. On peut produire directement de l’électricité, mais aussi de la chaleur (ce qui réduit donc d’autant la consommation d’électricité).

Il y a ici de nombreuses options :

  • Panneaux solaires photovoltaïques,
  • Eoliennes,
  • Pompes à chaleur (captage au sol, captage sur nappe phréatique ou captage aérien),
  • Cogénération (d’électricité et de chaleur),
  • Biomasse.

Les bénéfices sont nombreux pour l’entreprise. Tout d’abord les économies réalisées, qui à elles seules peuvent justifier l’installation de ces capacités de production. Ensuite, la réduction du risque de coupure, lequel sera particulièrement élevé cet hiver. Enfin, il faut noter qu’elles peuvent contribuer à améliorer le bilan carbone de l’entreprise.

C’est par exemple ce que le groupe sucrier Tereos a choisi de faire pour réduire la consommation d’énergie de sa distillerie-sucrerie située à Origny-Sainte-Benoite. En parteneriat avec Suez, le sucrier a construit une chaudière qui va valoriser des combustibles solides de récupération (CSR) pour produire de la vapeur. Cette chaudière fournira environ 400 Gh/an, soit 40 % des besoins du site, qui est la plus grande distillerie de betteraves au monde.

5. Stocker de l’énergie sur place

Cette solution vient de plus en plus en renfort de la génération d’électricité sur place. En effet, les principales options font appel aux énergies renouvelables, lesquelles produisent une électricité par nature intermittente. Le problème est bien connu : si le site fonctionne la nuit, les panneaux solaires photovoltaïques ne peuvent pas fournir l’énergie requise.

On assiste donc à une hausse des projets de stockage d’énergie. Concrètement, il s’agit d’installer des batteries sur le site de production. Elles vont stocker une partie de l’énergie produite sur place pour l’utiliser au moment voulu.

C’est la solution retenue par Scottish Water en Ecosse pour l’une de ses usines de traitement des eaux usées. L’entreprise publique a d’abord installé des panneaux solaires d’une capacité de 1 MWp, qui couvrent en théorie 94% des besoins du site. Elle a ensuite installé des batteries redox vanadium d’une capacité de 0,8 MWh pour stocker une partie de l’électricité produite. A la clé, une réduction de 40% de la facture d’énergie du site.

6. Renégocier ses contrats d’énergie

Il s’agit ici de requestionner l’intégralité des contrats et leur détail et de mettre les fournisseurs d’énergie en concurrence pour faire baisser les prix. Par détail, nous entendons qu’il ne s’agit pas seulement de négocier le prix. Ces contrats contiennent de nombreuses clauses auxquelles il faut prêter attention : pénalités en cas de résiliation anticipée du contrat, indice sur lequel les prix sont indexés, fréquence à laquelle les prix sont réévalués en fonction de l’évolution de l’indice de référence, et bien d’autres.

Localiser tous ses contrats chez le même fournisseur est aussi une piste de réduction des coûts.

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7. Utiliser les programmes de réponse à la demande

Les investissements dans les énergies renouvelables augmentent dans le monde entier. Cependant, comme nous l’expliquions, elles ont le défaut de produire de l’électricité par intermittence. Cela conduit de plus en plus d’Etats et de fournisseurs à mettre en place des programmes de réponse à la demande. Concrètement, lorsqu’un pic de charge intervient sur le réseau, ils demandent à leurs clients de réduire leur consommation d’énergie, et vice-versa. En effet, les possibilités de stockage étant encore limitées, l’énergie produite doit majoritairement être consommée instantanément. Il s’agit donc d’équilibrer en temps réel l’offre et la demande d’électricité.

On parle aussi pour ces programmes d’interruptibilité ou de délestage. Le client qui accepte de réduire sa consommation est dédommagé par le fournisseur. En France, RTE passe ainsi un appel d’offres sur toute l’année 2022 portant sur 1131 MW. Dans ce cadre, RTE peut interrompre la livraison d’électricité au site en moins de 5 secondes. Ce sont donc réellement des dispositifs centrés sur le temps réel.

Une étude parue en 2022 dans la revue Renewable and Sustainable Energy montre ainsi le potentiel d’économies pour les industries gourmandes en énergie. En souscrivant à un programme de délestage et donc en coupant et rallumant régulièrement son usine à fusion d’aluminium, un industriel peut réduire de 20% sa consommation d’électricité et de 34% sa facture d’électricité, grâce aux dédommagements.

En conclusion, les industriels ont de nombreuses pistes pour faire face à la volatilité et à la hausse des prix de l’énergie. Il y a fort à parier que les stratégies gagnantes adopteront une approche holistique et auront donc recours à l’intégralité des 7 leviers évoqués.


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